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Le bassin ferrifère de Normandie

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La Basse-Normandie n'est pas une région particulièrement réputée pour son passé industriel, et pourtant elle connut une activité sidérurgique, construite autour de ses mines de fer. Bien que de moindre importance que le bassin ferrifère lorrain, de nombreuses mines furent exploitées entre les départements du Calvados et de l'Orne jusqu'en 1989. Je vous invite à une découverte de ce patrimoine minier sur les principaux sites d'extraction localisés autour de Saint-Germain-le-Vasson, May-sur-Orne et Saint-Rémy-sur-Orne dans le Calvados ainsi que Saint-Clair-de-Halouze et la Ferrière-aux-Etangs dans l'Orne. Un coup de coeur pour le carreau du puits 1bis de la mine de Saint-Clair-de-Halouze qui a été conservé complet autour de son chevalement. Ce site fait actuellement l'objet d'un projet de valorisation. Même dans le grand bassin lorrain on ne retrouve pas un aussi beau témoin de ce passé industriel... Bravo !

La mine de Saint-Clair-de-Halouze

Dès l'Antiquité et jusqu'au 19è siècle on extrayait le minerai de fer à ciel ouvert (minières) et l'on élaborait le métal dans des ateliers regroupant fourneaux et forges. La mine de fer de Saint-Clair-de-Halouze fut exploitée en souterrain à partir de 1905 par la Société des Aciéries de France, puis après 1929 par la Société Châtillon-Commentry. Elle resta en activité jusqu'en 1978. Le puits 1bis, profond de 375 mètres, fut foncé à partir de 1931 mais la guerre de 1939-45 stoppa les travaux qui ne reprirent qui ne s'achevèrent qu'en 1949. C'est à cette date que l'on installa le chevalement au-dessus du puits, pris en dommage de guerre à l'Allemagne. Grâce à la modernisation de la mine et au nouveau puits, la production de minerai de fer passa de 170 000 tonnes durant l'entre-deux-guerres à 400 000 tonnes dans les années 60 et 500 000 tonnes à la veille de la fermeture de la mine. Le chevalement de Saint-Clair-de-Halouze est le dernier encore debout en Normandie pour témoigner de l'importance qu'avait l'industrie minière dans la région. Il se dresse au milieu du carreau qui a conservé la plupart de ses installations (chevalement, recette, concasseur/cribleur, salle des machines, lampisterie/vestiaires/douches, accumulateurs).
A proximité de la mine, se trouve les fours de la Bocagerie qui étaient utilisés pour calciner le minerai extrait de 1905 à 1978. Les premiers fours étaient en pierre et formaient une batterie de 6 fours qui fonctionnèrent dès le début de l'exploitation et jusqu'à la veille de la Première Guerre Mondiale. Dans les années 20, de nouveaux fours plus grands et plus modernes furent construits. Ils étaient dotés d'un cuvelage métallique recouvert à l'intérieur de briques réfractaires. Au nombre de 6, puis 9 dans les années 50 et finalement 11, ils fonctionnèrent jusqu'à la fermeture de la mine. La calcination visait à préparer le minerai pour son expédition par voie ferroviaire vers l'usine sidérurgique d'Isbergues dans le Nord de la France où il était transformés en fonte ou en acier. La calcination permettait de convertir le carbonate de fer en oxyde et d'éliminer une partie du soufre, de l'eau et des autres composés non ferreux contenu dans le minerai. On élevait ainsi sa teneur en fer qui passait de 40% à 50%. Il perdait aussi 20% de son poids ce qui permettait de réduire le coût de son transport. Il reste aujourd'hui la structure d'acier et de béton qui soutenait ces fours métalliques.
Source :Association Le Savoir & le Fer


La mine de la Ferrière-aux-Etangs

Accordée à la Société Denain-Anzin le 14 avril 1901, la concession minière de la Ferrière couvrait alors 1605 hectares. Elle passa à 2407 hectares en 1947 et s'accrut la même année de la concession de Mont-en-Gerôme (1490 ha). L'exploitation commenša par deux galeries qui étaient reliées au jour par un travers-banc de 600 mètres. Puis on fora les puits n░1 et 2 pour exploiter le minerai en profondeur. C'est en 1933 que commenša le fonšage du puits central Léopold Pralon. Il fut inauguré en 1938 et mis en service après la Seconde Guerre Mondiale. Le puits Pralon assurait la remontée de 2 500 tonnes de minerai par jour en 1960. Le minerai était exploité par la méthode des tailles chassantes avec piliers abandonnés. Sorti du puits, il était acheminé vers le bâtiment de criblage. Nettoyé par vibration et trié par grosseur, il partait ensuite vers les fours de calcination par bande transporteuse. Sur le carreau de la mine se trouvait aussi les ateliers, la centrale électrique, la salle des machines, le château d'eau et le vestiaire-douches des mineurs. Après la fermeture de la mine (1er avril 1970) le chevalement du puits fut démonté et le terrain vendu à une fabrique de tournage sur bois, dont je remercie le responsable pour l'autorisation de prendre des photos.
Construits en 1901, les fours de la Butte Rouge (sur Dompierre) furent les premiers fours de calcination de l'Ouest de la France. La calcination du minerai a pour but d'élever la teneur en fer de celui-ci (de 37% à 46%). Il y avait sur le site 3, puis 6 et enfin 8 fours où le minerai mélangé à du charbon était 'grillé' durant une trentaine d'heures. Le 19 avril 1903, une première rame de minerai calciné de 200 tonnes partit vers les hauts-fourneaux de Denain-Anzin dans le Nord de la France. Les fours de la Butte Rouge fonctionnèrent jusqu'à la construction des fours neufs de la Haie.
Les nouveaux fours de la Haie furent construits à partir de 1938. Il y avait au total 8 fours de calcination (6 de section ronde et 2 de section carrée) ; 7 d'entre eux fonctionnaient en continu. Un four contenait 600 tonnes de minerai cru et on obtenait 480 tonnes de minerai calciné. La production de ces fours était de 45 000 tonnes par mois avec une quarantaine d'ouvriers. Des wagons de 45 à 60 tonnes étaient chargés à la base des fours et partaient par voie ferrée vers les hauts-fourneaux de Denain-Anzin Usinor et la Belgique. Après la fermeture de la mine en 1970, les cuves des fours furent démontées et vendues. On ne voit plus aujourd'hui que la carcasse de soutien en béton armé.
Source : Association Le Savoir & le Fer


Les mines de Soumont-Urville

Connu depuis longtemps pour son potentiel ferrifère, le synclinal de Soumont-Urville n'est exploité significativement qu'à l'aube du XXème siècle. Bien que les premières tentatives d'extraction du minerai de fer aient eu lieu à Urville au cours du XIXème siècle, c'est à Saint-Germain-le-Vasson que démarre l'activité minière en 1899. Cette année là, débutent les travaux de reconnaissance et d'installation préparatoires à la future extraction sur le carreau des Fontaines. Le chevalement y est érigé en 1903. Parallèlement, à quelques kilomètres de là, est accordée la Concession de Soumont-Saint-Quentin (1902), sur une superficie de 773 hectares, marquant la naissance de la plus grande mine de fer de l'Ouest.
Pendant que les travaux d'aménagement se poursuivent sur le carreau de Soumont, une vingtaine d'ouvriers remontent les premières tonnes de minerai à Saint-Germain. Un minerai riche -du carbonate oxydé- qui garnit les couches superficielles du gisement et qui est expédié au port de Caen via la ligne de tramway. L'exploitation, confiée à la Société des Mines de Barbery, reste rudimentaire mais embauche une quarantaine de mineurs jusqu'en 1907 où un important coup d'eau noie la quasi-totalité des installations qui doivent être abandonnées.
Sur le carreau de Soumont, la production commence, organisée par la S.M.S. (Société des Mines de Soumont) qui vient d'être constituée. En 1912, 320 ouvriers travaillent dans les chantiers jusqu'à moins 95 mètres. Après quelques difficultés liées aux suites de la Crise de 1929, la S.M.S. poursuit son expansion et enrichit son patrimoine, notamment en absorbant la société qui avait repris l'exploitation sur le carreau du Livet en 1924. En 1936, Soumont et Saint-Germain sont reliées par une galerie et -jusqu'à la fermeture- l'histoire des deux mines va se confondre. A la fin des années 1930, la production annuelle approche le million de tonnes.
Durant la Guerre, les bombardements qui font rage dans la région durant l'été, n'épargnent pas le carreau de Soumont. Après réparation des installations et dénoyage des chantiers, l'extraction reprend en mai 1947 avec une intensité volontairement réduite car directement dépendante de la reconstruction des hauts-fourneaux de la S.M.N.(Société Métallurgique de Normandie)seulement achevée en 1950. Une reprise lente et chaotique contrariée dès 1951 par un spectaculaire coup d'eau qui noie plusieurs étages et n'est enrayé qu'au bout de trois mois de travaux intensifs. Pourtant, dès lors, les années à venir vont être caractérisées par le véritable essor de la Mine. Cette prospérité se traduit par une forte augmentation de la production, l'extraction retrouvant son tonnage d'avant-guerre en 1955.
En 1960, démarre le creusement du puits d'Aisy sur le troisième carreau dont s'est dotée la S.M.S.. Il s'agit d'un ouvrage vertigineux de 560 mètres de profondeur, surplombé d'une tour d'extraction de plus de 30 mètres. A son entrée en service, dix ans après le début du chantier, on y remonte le minerai à partir de l'étage 475. Ce nouvel équipement est accompagné, à partir de 1973, par l'arrivée de la mécanisation qui accroît la productivité de fašon spectaculaire. Soumont devient véritablement une «mine moderne» et, en 1975, parce qu'il faut acheminer au fond de gigantesques engins de foration et de chargement, on creuse au Livet une descenderie routière (3 km d'une pente à 20%) qui permet la descente du personnel, le trafic des gros matériels et les approvisionnements du fond, jusqu'à 650 mètres sous terre.
Ces nombreux investissements, qui comptent autant de prouesses techniques, masquent pourtant difficilement la crise de la sidérurgie qui, depuis 1962, a progressivement raison des autres exploitations de la région (Dièlette, May-sur-Orne, Saint-Rémy-sur-Orne, Urville, La-Ferrière-aux-Etangs). C'est uniquement grâce au débouché privilégié de la S.M.N., à laquelle son sort est définitivement scellé, que Soumont parvient à surmonter la conjoncture économique. Un lien qui entraîne pourtant sa mort avec l'annonce, en 1988, du passage de l'usine métallurgique à la "filière hématite", signifiant l'utilisation de minerais étrangers plus riches en remplacement du carbonate de fer. Soumont, privée de client, cesse son activité le 28 juillet 1989, après plus de 80 ans d'histoire.
Source :Association Mémoire de Fer

De nos jours on peut encore voir quelques bâtiments et le château d'eau sur le carreau de Soumont. Les derniers fours de calcination ont malheureusement été détruits en avril 2010. A proximité se dresse toujours la tour d'extraction du puits central d'Aisy. Le carreau du Livet a la particularité de n'avoir subi aucune démolition et abrite désormais lemusée de la minedu Livet. Les imposants fours de calcination à Gouvix constituent le vestige le plus important de la mine d'Urville. Le carreau étant situé sur une propriété privée, je n'ai pu y accéder mais il resterait plusieurs bâtiments (compresseurs, ateliers, magasins).


La mine de May-sur-Orne

C'est en 1910 que se constitua la Société des Mines et des Produits Chimiques (S.M.P.C.) à travers la fusion de trois sociétés. Elle exploitait la mine de May à l'aide de deux descenderies et la production s'élevait déjà à 50 000 tonnes par an. Le minerai était transporté par câble aérien sur la rive gauche de l'Orne, à une station où il était chargé sur wagons. On peut estimer, en 1913, que la mine était dotée des moyens de production les plus modernes (force électrique, perforation mécanique, traction par locomotive à benzol).
La guerre de 1914-1918 marqua un temps d'arrêt. Les années d'après guerre voient une reprise graduelle d'activité. En 1918-1919, une nouvelle descenderie est aménagée dans le quartier de Rocquancourt, mais ce n'est qu'en 1920 que la mine atteint à nouveau sa production annuelle de l'avant guerre (100 000 tonnes) avec la reprise des exportations sur l'Allemagne. Les installations sont alors électrifiées et la centrale thermique arrêtée. Puis il est décidé la création d'un second siège d'extraction avec le puits de Lorguichon qui sera baptisé du nom d'Urbain-le-Verrier, l'ingénieur. Terminé en 1924, il permit de porter à 200 000 tonnes la production annuelle de la mine.
En 1926, la S.M.P.C se porta acquéreur de trois concessions, dont celle de Saint André où se prolongent les couches géologiques de la concession de May. La production totale des mines passa alors à plus de 350 000 tonnes. Les années 1927 à 1930 virent de grands travaux d'aménagement avec la construction et l'approfondissement de descenderie de l'Orne, puis l'installation du concassage mécanique sur la rive gauche.
En 1956, le fonšage d'un puits central de 750 mètres est entrepris. Ce puits, entré en service en 1963, était équipé de deux skips de 12 tonnes et d'une cage à contrepoids pour la circulation du personnel. Destiné à remplacer les trois sièges qui existaient, il devait assurer la totalité de l'extraction et permettre de porter la production annuelle à 900 000 tonnes avec une sensible amélioration du prix de revient.
Les effectifs, quant à eux, sont passés de 60 personnes pour May/Saint André en 1895 à près d'un millier pour le même bassin en 1956. La modernisation des installations s'accompagna d'une diminution progressive des effectifs. En 1967, la Société Métallurgique de Normandie, dont les hauts-fourneaux étaient situés à Caen, suspend ses achats de minerai. Survient alors rapidement l'annonce par la S.M.P.C. d'une fermeture certaine pour septembre 1968. Avril 1968 marque la fin des travaux d'exploitation et la fermeture définitive a lieu le 1er septembre 1968. Fermeture causée par la concurrence des minerais de fer étrangers (mauritanien notamment). 20 millions de tonnes de minerai de fer, d'une teneur de 40 à 50%, auront été extraites.
Source :Site de la commune de May-sur-Orne

Aujourd'hui il subsiste de cette histoire les grands accumulateurs à minerai du puits central, les carcasses en béton des concasseurs verticaux sur la rive gauche de l'Orne, ainsi que quelques bâtiments sur les anciens carreaux.


La mine de Saint-Rémy-sur-Orne

Le Bassin minier de Saint-Rémy se situe à une trentaine de kilomètres au sud de Caen dans le Calvados. Il correspond à un petit synclinal qui s'étend sous la commune de Saint-Rémy-sur-Orne. Les mines sont exploitées dès 1460. Les ouvriers se groupent en une sorte de syndicat appelé «ligue» ou «corporation de ferrons» de 1473 à 1476. Les minières de Saint-Rémy sont réputées dans la région pour la richesse (54% de fer) et l'abondance de leur minerai. Plus tard, une concession fut instituée par décret du 28 septembre 1875 au profit de la Société des Mines de Saint-Rémy. Dès le début, la couche est exploitée par la méthode des piliers abandonnés et seule l'hématite (un oxyde de fer) est extraite. Ce n'est que beaucoup plus tard que le carbonate de fer sera extrait et vendu le plus souvent sous forme de minerai grillé. La Première Guerre Mondiale perturbe la production qui chute avant de connaître une relance de 1946 à 1961. Le déclin de la mine se fait sentir dès 1962 et sa liquidation commence vers 1965. L'exploitation s'est poursuivie jusqu'en 1968.
Source :Office du tourisme Suisse Normande

A proximité du carreau de la mine, il subsiste les anciens fours de calcination du minerai, dont les cuves métalliques ont été enlevées. Depuis 1993, la Maison des Ressources Géologiques de Normandie, les Fosses d'Enfer aborde notamment l'exploitation du sous-sol normand à travers l'exemple de la mine de fer de Saint-Rémy-sur-Orne.


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